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Chute de la natalité : pourquoi ?

Par Diego HIDALGO DEMEUSOIS, 26 juin 2026

Ces dernières années ont été marquées par une baisse accélérée de la natalité dans une majorité de pays. Quels sont les principaux facteurs de ce phénomène global, brusque et resserré dans le temps ?

Dans cette édition, nous analysons cette tendance, nous expliquons pourquoi les explications habituelles ne sont pas tout à fait cohérentes, et nous explorons le lien entre hyperconnexion numérique et baisse du taux de fécondité.

Un effondrement brutal

Sauf dans le cas d’événements spécifiques (comme les guerres), les transitions démographiques se déroulent souvent sur le long terme.

Dans les pays développés, le taux de fécondité est passé de 6 ou 7 enfants par femme à 2 ou 3 au cours de la révolution industrielle, avec des parenthèses comme le « baby boom » de l’après-guerre. Avec les progrès de la médecine et la réduction de la mortalité infantile, la population a adapté ses habitudes procréatives à cette nouvelle
réalité.


Cependant, au cours de la décennie 2010, la baisse de la natalité s’est produite très brusquement, presque partout dans le monde.

Cela a eu lieu sur les 5 continents. Dans les pays riches et pauvres. Très religieux ou sécularisés. En crise et en croissance. Etc.

Explications habituelles (pas très convaincantes)

1) Les gens ne peuvent plus se permettre d’avoir des enfants

L’une des hypothèses les plus citées relie ce phénomène à l’augmentation du coût de la vie, en particulier celui du logement.

Cela semble plausible à première vue, compte tenu de la hausse du prix du m² dans de nombreuses villes ces dernières années. Comment envisager de fonder une famille si on n’a même pas les moyens de l’héberger ?

Cependant, ce brusque déclin de la fécondité s’est produit de façon tout à fait similaire dans des régions où ces coûts n’ont pas vraiment augmenté, que ce soit des zones rurales ou des pays où le logement reste très accessible.

« Dans la région du Chiapas au Mexique, le problème de l’accès au logement n’est pas exactement le même que dans le quartier de Chelsea à Londres. Et là aussi, cependant, le taux de natalité a chuté ».  Alice Evans

2) « Femmes à chats sans enfants »

Alors que le premier argument pourrait s’inscrire dans un discours progressiste, d’autres, généralement du côté (ultra)conservateur, pointent vers des facteurs plus culturels, et en particulier, vers le prétendu désintérêt des femmes pour la maternité.

Rappelons par exemple les propos de l’actuel vice-président américain JD Vance, sur les « femmes à chats et sans enfants », symbole selon lui d’un égoïsme générationnel et d’un manque de projection dans l’avenir.


Sans avoir à partager cette vision extrêmiste et culpabilisatrice, le choix de ne pas avoir d’enfants semble de plus en plus socialement acceptable. Peut-être que les femmes (ou les hommes) qui, il y a quelques décennies, se seraient senties sous pression d’être mères (ou pères), ont désormais le choix d’assumer plus librement cette décision – une évolution plutôt positive, donc. 

Mais encore une fois, pourquoi observe-t-on alors la même chute du taux de fécondité à partir de 2015 dans des sociétés conservatrices comme en Égypte (un pays dans lequel le taux d’emploi des femmes est de 16% et aucun changement culturel soudain n’a été observé) ?

3) Peurs face à un avenir incertain

La pandémie, l’anxiété climatique, les bouleversements géopolitiques, etc. ont augmenté chez certains la perception des risques systémiques et affecté leur confiance en l’avenir.

La volonté de ne pas exposer sa progéniture à un monde de plus en plus hostile et de ne pas contribuer à la croissance de la population (qui, à son tour, contribuerait à une plus grande consommation, nuisible pour la planète) pourrait expliquer que les gens soient moins nombreux à désirer avoir des enfants.

Cependant, cette explication ne colle pas vraiment au niveau des dates :

  • l’anxiété climatique est un phénomène qui a véritablement émergé à partir de la seconde moitié de la dernière décennie.
  • C’est un sentiment géographiquement très peu uniforme, qui ne permet pas d’expliquer une tendance mondiale.
  • La chute de la natalité a commencé des années avant le Covid.
  •  

Le rôle du smartphone

Il est frappant de constater que les naissances ont commencé à chuter entre le début et le milieu de la décennie 2010, simultanément à la baisse des taux de socialisation dans le monde entier.

Et comme nous l’avons tant de fois observé dans cette newsletter, il n’y a pas seulement une coïncidence temporelle entre la détérioration de la socialisation et la généralisation des smartphones : de nombreuses études établissent une corrélation très caractérisée, et même un lien de causalité, entre les deux.

 Le travail qualitatif réalisé dans de nombreux pays par la chercheuse Alice Evans met en évidence un élément clé : plus que le nombre d’enfants par couple, la baisse de la natalité s’explique par la baisse du nombre de couples.

 → À mesure que les gens disposent de tout le divertissement possible à portée de clic, ils sortent de moins en moins, ont moins d’occasions d’interagir avec d’autres personnes, et par conséquent, il y a de plus en plus de célibataires.

Les chiffres lui donnent raison:

  • En Espagne, le nombre de célibataires a augmenté de 1,2 million au cours des trois dernières années.
  • Aux États-Unis, 55 % des jeunes sont célibataires.
  • Au Brésil, le nombre de personnes vivant seules a triplé au cours des 22 dernières années.
  • En France, chez une majorité des moins de 35 ans, les rapports sexuels sont désormais moins populaires que les jeux vidéo et les réseaux sociaux (IFOP, 2024).

Socialiser, interagir, flirter, etc. souligne Evans, sont des aptitudes qui nécessitent de la pratique. Et les gens ont de moins en moins d’occasions de s’y essayer. Quand presque tous les besoins semblent être couverts par son smartphone, il devient de moins en moins nécessaire d’interagir avec le monde réel.

Un lien de causalité mis en évidence

Ces dernières semaines, deux nouvelles études quantitatives recueillies dans un article du New York Times pointent dans la même direction :

→ La première met en évidence un lien de causalité entre, d’un côté le déploiement du haut débit et de la 4G et, de l’autre, la réduction du taux de fécondité chez les plus jeunes.

 → La deuxième montre que l’iPhone à lui seul pourrait expliquer entre 33% et 52% de la baisse de la natalité chez les femmes âgées de 15 à 44 ans (qui a diminué de 22 % aux États-Unis depuis 2017).

Conclusions

La chute de la natalité semble être (au moins en partie) une énième conséquence de l’hypernumérisation de nos vies, tout comme la détérioration de la santé mentale, l’augmentation fulgurante de la solitude ou la détérioration de certaines facultés cognitives.

Et à son tour, cette baisse pourrait rétroalimenter l’isolement social : les sociétés dans lesquelles le taux de fécondité tombe bien en dessous de 2 comportent une proportion très élevée de familles avec un seul enfant – alors que l’unité familiale est l’un des principaux boucliers protégeant contre le sentiment de solitude.

Loin des divisions idéologiques, des politiques transpartisanes devraient promouvoir des barrières face à l’omniprésence des smartphones dans nos vies, à commencer par l’établissement d’un âge légal pour en posséder un – une mesure défendue dans le Manifeste OFF – ainsi que l’établissement d’un droit à la déconnexion numérique.

Diego   

  

                                        

Cf. aussi : EMR Australia : Baisse des taux de natalité ( l’hypothèse négligée)