
https://www.revuesilence.net/numeros/552-Minables-mines/
Métal hurlant
par Guillaume Gamblin
Pareil aux racines d’un arbre, qui sont largement invisibles à qui se promène en forêt, l’extractivisme minier est une industrie tentaculaire qui peut passer inaperçue lorsque l’on utilise des objets à base de métaux (tous les métaux) dans notre vie de tous les jours. On s’intéresse spécifiquement dans ce dossier aux métaux rares liés à l’industrie électronique et numérique.
L’extractivisme minier (1) est l’activité de tous les superlatifs : elle figure parmi les industries les plus consommatrices en énergie au monde, les plus émettrices de gaz à effet de serre et de déchets, et aux conséquences les plus meurtrières. Or les politiques d’électrification généralisée (automobile) et de numérisation (objets connectés, intelligence artificielle), en Europe et ailleurs, font exploser la demande.
Aborder la question de l’extractivisme minier, c’est plonger au cœur d’une écologie décoloniale. C’est aborder tout à la fois les sujets de l’écocide, du néocolonialisme, de la guerre et de la paix, du féminisme (à travers les atteintes aux droits des femmes), de la technocritique, etc. La violence des rapports Nord-Sud s’y révèle à plein : la fuite en avant des pays occidentaux, matérialisée par nos habitudes de consommation et des politiques d’intensification de l’extractivisme, fait des habitant·es des Sud des damné·es de la mondialisation. En parallèle, des frontières de plus en plus étanches sont érigées autour de nos pays. Le message est clair : exploiter à tout prix, et fermer les yeux sur les conséquences. Le rapport de force colonial perdure. Chacun·e doit rester à sa place.
Lever le voile sur les violences de l’industrie extractiviste minière, et mettre en lumière les luttes qui s’y opposent, c’est rappeler que notre planète, comme les vies humaines et non-humaines qui l’habitent, ne sont pas « minables » : elles sont infiniment précieuses, et elles demandent à ce que nous lâchions les privilèges hérités du colonialisme.
(1) Ce dossier porte exclusivement sur l’extractivisme minier, au service de la fabrication de métaux. L’extractivisme en général désigne en effet un processus plus large que les seules mines : c’est un modèle économique qui repose sur l’extraction massive et l’exploitation intensive des ressources naturelles, telles que les minéraux, mais aussi les hydrocarbures, les forêts, l’eau, les poissons, etc., dans le but de répondre aux besoins économiques, industriels et énergétiques d’une société industrielle.
Dossier
- La face cachée de notre addiction aux métaux
- Construire une mine, c’est détruire ce qui l’entoure
- Résister à une mine de lithium dans l’Allier
- Du minerai au déchet : pollutions sur toute la ligne
- L’Europe nourrit la guerre en République démocratique du Congo
- Lutter au-delà des échecs
- Comment éviter d’être complices ?

