
Développement durable
Par Batinfo le 27/04/26 Source : AFP
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La guerre au Moyen-Orient a relancé les plans d’électrification de l’économie, notamment en France, pour réduire la dépendance aux énergies fossiles. Mais l’énergie électrique suppose une autre forme de dépendance, aux minerais, dont l’extraction entraine de lourdes conséquences humaines et environnementales.
Quelle quantité de matière ?
Cuivre pour les câbles omniprésents, bauxite pour l’indispensable aluminium, minerai de fer pour l’incontournable acier…
Au total, les minerais métalliques extraits pesaient 9,6 milliards de tonnes en 2020 (3,5 fois plus qu’en 1970), soit environ 10% de l’ensemble des matières premières extraites, selon le rapport « Global Resources Outlook 2024 » du programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE).
De leur côté, les énergies fossiles, charbon, pétrole, gaz naturel, représentaient 15,4 milliards de tonnes en 2020, 2,5 fois plus qu’en 1970.
A elles seules, trois des entreprises minières les mieux valorisées en Bourse, les Australiennes BHP et Rio Tinto et l’américaine Southern Copper ont sorti de terre en une année 657 millions de tonnes de matériaux divers, selon les documents de leur dernier exercice financier.
Cela équivaut à extraire chaque jour le poids d’environ 180 tours Eiffel.
Quels besoins pour les renouvelables ?
Aussi vertigineuses soient les quantités de minerais extraits actuellement, il va falloir sortir de terre encore davantage de cuivre, cobalt et autre lithium pour répondre à la demande générée par les batteries électriques, les éoliennes et autres composantes de la décarbonation de l’économie.
L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a ainsi estimé en 2021 que pour atteindre l’objectif d’un réchauffement climatique « bien en dessous » de 2°C d’ici 2040, les besoins en minerais destinés aux énergies décarbonées seraient multipliés par quatre.
Elle indique par exemple qu’une voiture électrique embarque en moyenne plus de 200 kilos de graphite, cuivre, nickel ou manganèse, contre une trentaine pour un véhicule thermique.
Les énergies renouvelables sont amenées à devenir d’ici 20 ans les principaux vecteurs de consommation de certains matériaux, selon l’AIE : elles pourraient consommer 40% du cuivre et des terres rares, 60 à 70% du nickel et du cobalt, et près de 90% du lithium.
Pourquoi l’extraction minière est problématique ?
L’industrie minière est loin d’être neutre pour l’environnement. Pour l’association française SystExt (« Systèmes extractifs et environnements »), créée en 2009, elle repose même sur un modèle « intrinsèquement insoutenable ».
Les nouveaux gisements sont généralement moins productifs que leurs devanciers. Pour produire ne serait-ce qu’autant que les anciennes mines, les nouvelles doivent généralement être plus grandes, plus profondes, brasser plus de matière. L’activité est aussi gourmande en eau.
En outre, le recyclage des matières premières minérales est loin d’être satisfaisant, et « les perspectives ne sont pas encourageantes », a récemment tancé la Cour des comptes européenne.
Sept des 26 matériaux jugés nécessaires à la transition énergétique présentent « des taux de recyclage compris entre 1% et 5%. « 10 autres ne sont pas recyclés du tout », estimait-elle.
Pour l’historien de l’énergie Jean-Baptiste Fressoz, l’électrification reste de toute façon très pertinente et incontournable, « beaucoup plus efficace » que l’énergie d’origine fossile.
Mais si le « climat a réenchanté la mine », cette activité reste « particulièrement polluante », avertit-il.
Les experts du PNUE observent également qu’un accroissement de l’extraction minière mené via les « pratiques les plus courantes actuellement » engendrera « des dommages considérables » au niveau social et environnemental.
La situation s’améliore-t-elle ?
Les géants du secteur redoublent d’engagements en matière d’exploitation vertueuse et de bonnes pratiques.
Problème, pointe SystExt : l’absence de définition de ce que serait une exploitation vertueuse. « La mine « durable » ou « responsable » n’existe pas », concluait-elle au terme d’un long travail de recherche.
Il y a toujours « un prix à payer », souligne également le journaliste indépendant Nicolas Stavros Niarchos.
Auteur d’une longue enquête sur la chaîne d’approvisionnement des batteries électriques (« The Elements of Power », Penguin Press), il appelle les consommateurs à prendre conscience de l’impact de leurs habitudes, pour « réduire ce prix autant que possible, et par tous les moyens » : le seul moyen de ne pas polluer avec des minerais est de ne pas en consommer.

