- Sécuriser les services publics essentiels
« hors réseau » - Assurer une gestion municipale sobre et
« dégafamisée » - Garantir un service public humain
04. Favoriser les emplois, pas les IA
05. Assurer la sécurité sans vidéo-surveillance
06. Bannir les écrans publicitaires des espaces publics et des transports en commun
07. À l’école, favoriser une éducation ouverte et créative
08. Lutter contre l’airbnbsation de l’habitat
09. Refuser l’installation de data centers sur la commune
10. Limiter les antennes-relais et l’exposition électro-magnétique
Depuis 20 ans, à rebours de toutes les promesses qui accompagnent la numérisation, le recours massif à internet, au smartphone et aux réseaux sociaux accélère l’effondrement du lien social et la fascisation de la société. Porté par des multinationales hégémoniques, le numérique a servi à démanteler et privatiser les services publics, à accélérer les flux de marchandises et à disqualifier bon nombre de savoir-faire.
Nous assistons à une captation des cerveaux et des liens communautaires au bénéfice de ces entreprises. Les soirs d’élections, nous en sommes réduits à croiser les doigts pour que les capacités de surveillance orwelliennes développées ces deux dernières décennies ne tombent pas, prêtes à l’emploi, entre les mains d’un gouvernement d’extrême droite.
Au niveau de ses chaînes d’approvisionnement et de ses impacts écologiques, l’industrie numérique planétaire, avec sa croissance exponentielle, est une bombe climatique et toxique. Des mines aux data centers en passant par la production de semi-conducteurs, elle asservit une main-d’œuvre précaire, siphonne des quantités colossales d’eau et d’énergie, accumule des montagnes de déchets.
En démultipliant et en accélérant toutes ces tendances, le déploiement de l’intelligence artificielle (IA) promet des lendemains plus sombres encore. En deux mots : la société numérique d’aujourd’hui est insoutenable, celle qui vient s’annonce cauchemardesque.
N’attendons plus : il devient urgent de freiner.
Des propositions :
Pourquoi ? Pour qui ?
Nous avons cherché des mesures immédiates et applicables qui puissent emporter l’adhésion du plus grand nombre.
Certaines d’entre elles visent simplement à limiter la dépendance à l’informatique pour rétablir une sécurité élémentaire face au risque de cyberattaques et de pannes des réseaux (d’électricité, de télécommunication…).
D’autres visent à garantir l’accès aux droits sociaux et aux services publics sans numérique.
D’autres encore servent à valoriser l’humain et à construire des emplois pérennes à l’échelle des communes.
D’autres, enfin, veulent contribuer à limiter les dégâts écologiques et sanitaires du numérique.
Certains points de ce programme permettent de réaliser des économies parfois substantielles, quand d’autres propositions appellent des investissements. Elles nécessitent, de toute façon, d’être adaptées à la taille et aux spécificités de votre commune.
Les menaces que fait peser l’industrie numérique sur le vivant, l’emploi ou les libertés fondamentales peuvent sidérer en donnant le sentiment de phénomènes planétaires insaisissables. Pourtant, agir à l’échelle locale,
à partir des communautés dans lesquelles nous vivons, est non seulement possible, mais décisif.
C’est l’échelle la plus efficace pour sortir de l’impuissance et recréer des liens fragilisés par le déferlement technologique. Pour se donner les moyens, progressivement, de reprendre la main sur les objets qui nous entourent et sur nos besoins fondamentaux.
C’est dans cette perspective qu’est rédigée cette boîte à outils pour une désescalade numérique.
Elle vise à nourrir la réflexion des élu·es et des candidat·es qui élaborent leur programme en vue des prochaines élections municipales.
Ce travail inédit est le fruit d’une réflexion collective menée depuis un an par une trentaine d’associations et collectifs spécialisés dans l’analyse des impacts de ces technologies.
Nous espérons que ces propositions inspireront votre équipe, que vous y puiserez librement pour composer votre programme, tout en respectant l’esprit d’urgence écologique et de justice sociale qui les anime.
Des propositions concrètes
Nous avons cherché des mesures immédiates et applicables qui puissent emporter l’adhésion du plus grand nombre.
Certaines d’entre elles visent simplement à limiter la dépendance à l’informatique pour rétablir une sécurité élémentaire face au risque de cyberattaques et de pannes des réseaux (d’électricité, de télécommunication…).
D’autres visent à garantir l’accès aux droits sociaux et aux services publics sans numérique.
D’autres encore servent à valoriser l’humain et à construire des emplois pérennes à l’échelle des communes.
D’autres, enfin, veulent contribuer à limiter les dégâts écologiques et sanitaires du numérique.
Certains points de ce programme permettent de réaliser des économies parfois substantielles, quand d’autres propositions appellent des investissements. Elles nécessitent, de toute façon, d’être adaptées à la taille et aux spécificités de votre commune.
01 Sécuriser les services publics essentiels « hors réseau »
Pourquoi ?
En avril 2025, la péninsule ibérique (Espagne, Portugal, Andorre) a été privée de courant pendant 24 heures. Partout, les cyberattaques des services publics se multiplient, quand ce ne sont pas des bugs qui entraînent des conséquences démesurées. Dans les années à venir, des conditions climatiques de plus en plus incertaines pourraient mettre les infrastructures électriques et numériques à rude épreuve. Il est clair que les services essentiels devraient dépendre le moins possible de la disponibilité d’internet, des réseaux mobiles ou de l’électricité, ou pouvoir fonctionner en mode dit « dégradé ».
Il est de la responsabilité d’une commune d’assurer au mieux la continuité des services publics.
En cas de besoin, la vie doit pouvoir continuer hors réseau : fourniture d’eau, accueil des enfants à la crèche ou à l’école, livraison de repas, soins aux anciens, fonctionnement des alertes et des secours…
02Assurer une gestion municipale sobre et dégafamisée
Pourquoi ?
Les « GAFAM » désignent les multinationales dominantes dans le secteur du numérique Google (Alphabet), Apple, Facebook (Meta), Amazon et Microsoft. Devenues depuis une quinzaine d’années les entreprises les plus riches du monde, elles ont accumulé un pouvoir supérieur à celui de bien des pays. Elles sont aujourd’hui l’une des pires menaces pour la démocratie, du fait de leur modèle économique fondé sur la manipulation des masses et la collecte de données. A fortiori quand leurs dirigeants affichent leur soutien à l’extrême droite étasunienne (Meta, X…) ou renforcent le totalitarisme du gouvernement chinois (TikTok).
Algorithmes opaques, captation des données personnelles, captation de l’attention, capitalisation sur les conflits et la polarisation de la société : les réseaux sociaux des GAFAM
03 Garantir un service public humain
Pourquoi ?
En 2025, environ 17% des Français, soit plus d’une personne sur six, rencontrent des difficultés avec le numérique et 13% de la population française ne possède pas de smartphone.
Faire reposer l’accès à un service sur la présentation d’un QR code ou l’envoi d’une photo signifie donc exclure plus d’une personne sur dix de son usage. Pourtant, aucune loi n’oblige à utiliser un smartphone. S’en passer relève au contraire d’une liberté fondamentale et constitue un droit à faire respecter. C’est la raison pour laquelle plusieurs associations luttent pour un « droit à la non-connexion» (Collectif nantais de veille citoyenne – CNVC) ou un statut opposable d’objecteur du numérique (Halte au contrôle numérique). D’autre part, les rapports du Défenseur des droits montrent depuis des années que la numérisation des services publics accentue les inégalités
Depuis octobre 2023, les habitant·es de Villeurbanne profitent d’un « droit au non-numérique ». Concrètement, la ville offre
systématiquement une alternative non-numérique à ses citoyens : un guichet, une ligne téléphonique ou un service dédié aux courriers.
04 Favoriser les emplois, pas les IA
Pourquoi ?
De plus en plus d’emplois sont vidés de leur sens ou supprimés par le recours des entreprises à l’intelligence artificielle et aux objets connectés. Pour contribuer à la création de métiers pérennes et utiles sur son territoire, la municipalité peut favoriser la création de filières techniques dans les métiers qui manquent cruellement aujourd’hui la réparation, le réemploi, la conception d’objets simples et réparables ou encore la restauration du bâti ancien.
05 Assurer la sécurité sans vidéo-surveillance
Pourquoi ?
Souvent à la demande d’une partie de leurs administré·es, les municipalités consacrent depuis 20 ans un budget croissant à la vidéosurveillance. Pour un village, l’installation d’une quinzaine de caméras avoisine les 100 000 euros. Dans une ville de 10 000 habitants, il faut compter près d’un million d’euros pour 80 caméras et un centre de supervision. La vidéosurveillance algorithmique (permettant la reconnaissance des visages) telle qu’installée dans certaines grandes villes, coûte entre 25000 et 40000 euros par caméra, sans compter les logiciels d’analyse, leur maintenance, la formation des opérateurs et opératrices de supervision. Même si les deux tiers de ces dépenses peuvent être pris en charge par des subventions de l’État et des collectivités, elles n’en sont pas moins financées par nos impôts.
Pourtant, de nombreuses recherches ont montré que ces caméras n’ont en réalité presque aucune efficacité. Selon une étude commandée par la gendarmerie, la vidéosurveillance n’a contribué à élucider des enquêtes que dans 1% des cas. Leur présence, souvent considérée comme dissuasive, ne fait en réalité que déplacer les problèmes de délinquance de quelques mètres ou de quelques rues. Ainsi, pour agir sur la sécurité et le sentiment de sécurité, par exemple dans la lutte contre le trafic de drogue, il est plus efficace de renforcer les moyens humains de la police municipale.
La municipalité s’engage à n’investir ni dans la vidéosurveillance ni dans l’escalade vers la vidéosurveillance algorithmique. Elle peut ainsi
profiter des économies réalisées pour mobiliser des
moyens humains pérennes de lutte contre la violence.
06 Bannir les écrans publicitaires de l’espace public et des transports en commun
Pourquoi ?
Selon un sondage BVA de 2023, 85 % des Français sont favorables à l’interdiction des écrans numériques publicitaires dans l’espace public. Non seulement leur implantation n’a pas d’intérêt pour la collectivité, mais leurs impacts s’avèrent clairement négatifs.
D’après l’Agence de la transition écologique (ADEME), les 15000 écrans publicitaires installés en France émettent chaque année autant de CO2 que 1200 Français, consomment autant de ressources minérales que 32000 personnes et autant d’électricité que 3500 logements.
Ces écrans nuisent aussi aux insectes et aux oiseaux en créant de la pollution lumineuse. De plus, les campagnes qui sont diffusées incitent à la surconsommation et favorisent le plus souvent les grandes enseignes au détriment des petits commerces qu’il faudrait soutenir.
Plusieurs villes en France (Grenoble, Lyon, Bordeaux…) ont pris des mesures pour interdire ou fortement limiter les écrans numériques publicitaires dans l’espace public, notamment pour des raisons environnementales, énergétiques ou de pollution visuelle.
La municipalité s’engage à mobiliser l’outil
juridique qu’est le Règlement Local de
Publicité (RLP) pour interdire les écrans
publicitaires digitaux.
07 À l’école, favoriser une éducation ouverte et créative
Pourquoi ?
Aujourd’hui, un foyer en France comporte en moyenne dix écrans. D’après Santé publique France, les enfants de 6 à 17 ans passent en moyenne 4h11 par jour sur un écran, hors temps scolaire. Cette surexposition est à l’origine d’un véritable effondrement de la santé chez les enfants : déficits de sommeil, sédentarité, problèmes de vue et d’obésité, altération des capacités socio-émotionnelles et du développement du langage, addictions, dépression et anxiété. Il est important que l’école primaire, financée par la municipalité, ne contribue pas à cette surexposition en mettant les enfants devant des écrans en classe, ou en demandant à faire les devoirs sur internet le soir. En effet, en plus de son coût économique et écologique considérable, le recours au numérique n’a pas fait la preuve de ses bénéfices éducatifs.
C’est la raison pour laquelle la Suède, qui avait parié sur le numérique à l’école, est finalement revenue en arrière, supprimant les dispositifs numériques et remettant les livres au cœur de l’éducation.
6 à 17 ans = 4h11 d’écran par jour hors temps scolaire
08 Lutter contre l’airbnbisation de l’habitat
Pourquoi ?
L’accès à des logements de qualité pour tous et toutes est une priorité absolue. Mais l’arrivée des plateformes de location touristique aggrave considérablement une situation déjà tendue, du fait de la pénurie de logements abordables. Ces dernières années, le nombre d’annonces de location courte durée a augmenté de 48% en France, tandis que le nombre d’appartements disponibles en logement permanent a chuté d’environ 40%.
La municipalité devrait protéger activement la
possibilité de se loger contre les plateformes
locatives, telles qu’Airbnb, qui rendent des quartiers, voire des communes entières, inaccessibles aux habitant·es.
09 Refuser l’installation de data centers sur la commune
Pourquoi ?
À l’occasion du sommet Choose France, le 13 mai 2024, Emmanuel Macron a invité des entreprises comme Microsoft et Amazon à implanter des data centers en France. Chacun de ces centres de données, immenses entrepôts abritant des serveurs informatiques, peut consommer autant d’électricité qu’une ville comme Rouen ou Bordeaux (100 à 200 MWh). Avec le déploiement des IA, la consommation d’électricité est en train d’exploser (par exemple, une recherche sur Chat GPT consomme dix fois plus d’électricité qu’une recherche Google). La consommation électrique des data centers pourrait tripler d’ici à 2035 en France, ce qui déboucherait sur la construction de nouveaux réacteurs nucléaires, l’implantation de toujours plus d’éoliennes, l’utilisation de surfaces agricoles encore plus nombreuses pour du photovoltaïque, etc.
1 data center = la consommation électrique d’une ville de 275 000 habitants et un seul emploi pour
10 000 m2
10 Limiter les antennes-relais et l’exposition électromagnétique
Pourquoi ?
En 20 ans, trois nouvelles générations de réseaux mobiles ont été déployées. Rien qu’entre 2014 et 2024, la consommation moyenne de données mobiles par personne a été multipliée par 25, alors même que le smartphone est la manière la plus énergivore de se connecter. L’internet mobile consomme dix fois plus d’énergie que le wifi, lui-même bien plus énergivore que le filaire.
La consommation colossale de ressources causée par ce trafic de données, essentiellement lié à l’internet mobile et au streaming sur smartphone, s’accroît avec chaque implantation d’antenne-relais. Selon le Haut Conseil pour le climat, « l’impact carbone du déploiement de la 5G pourrait s’élever entre 2,7 Mt éqCO2 et 6,7 Mt éqCO2 en 2030 » et « risque d’avoir un effet important sur la consommation d’électricité en France, entre 16 TWh et 40 TWh en 2030 ».
Les ondes électromagnétiques sont par ailleurs classées « cancérigènes possibles » (groupe 2B) depuis 2011 par le Centre International de la Recherche contre le Cancer (CIRC). En 2018, l’Agence nationale de sécurité sanitaire évaluait en France à 5% la population dite électro-hypersensible, parfois victimes d’une grande souffrance physique conduisant à une exclusion sociale. La résolution 1815 du conseil de l’Europe et la loi française Abeille du 9 février 2015 préconisent une sobriété en matière d’exposition aux ondes électromagnétiques.
Conclusion
La numérisation de plus en plus importante de nos vies quotidiennes et des services publics ne doit plus passer sous les radars démocratiques. La manière dont nous faisons société ne peut plus être décidée par cette poignée de chefs d’entreprise qui déploient leurs appareils et leurs applis à l’échelle de la planète. Depuis vingt ans, le déploiement frénétique de ces systèmes crée un profond malaise dans une partie importante de la population : les laissé·es pour compte des services « dématérialisés », ceux et celles que les nouvelles technologies ont mis au chômage, les personnes souffrant d’addictions en ligne (jeux d’argent, pornographie, jeux vidéos, réseaux sociaux…), les victimes de violences en ligne, les personnes électrosensibles (EHS) – et leur entourage.
D’autre part, tant que cet enjeu central ne sera pas traité, nous resterons incapables de réduire nos consommations de ressources et de contribuer à un monde plus juste à l’échelle globale.
Ajoutons que, dans un contexte de baisse des ressources des communes, le numérique impose des surcoûts inutiles qu’il est urgent de limiter.
C’est pourquoi nous faisons le pari que les électeurs et électrices seront nombreux à voir dans ce programme des mesures élémentaires de prudence, d’économie, de solidarité, de justice sociale et de santé publique.

