
Claire Hédon, Défenseure des droits depuis 2020, juriste et ancienne journaliste publie « La République des droits » (Seuil), un plaidoyer pour la protection de l’accès aux droits et des services publics.
France Inter 13 février 2025 (22’)
Avec Claire Hédon, Défenseure des droits
Pour garantir l’accès aux droits, « il faut mettre de l’humain dans la machine », affirme Claire Hédon, vendredi 13 février, sur France Inter. Dans sa dernière année de mandat de Défenseure des droits, elle publie La République des droits (Seuil). Une réflexion sur la force de la loi, l’application des droits et ce qui permet de faire société. La clé pour s’assurer que tout le monde ait accès aux mêmes droits, c’est « l’accueil dans les services publics » et « voir quelqu’un qui a accès à son dossier », assure l’ancienne présidente d’ATD Quart Monde.
Claire Hédon fustige la stratégie du tout numérique de l’État. D’après une enquête Ipsos réalisée sur plus de 5 000 personnes, plus d’une personne sur deux dit être en difficulté pour faire des démarches numérisées seule. La seule façon de lutter contre les inégalités, selon elle, c’est « plus de services publics, plus accessibles ». « Le problème n’est pas de dématérialiser, c’est d’en faire la seule porte d’accès. Ce qu’il faut, c’est des accueils physiques, téléphoniques et de pouvoir déposer les dossiers papiers », détaille la Défenseure des droits.
« Une question d’égale dignité qui nous différencie des dictatures »
Avec son livre, Claire Hédon souhaite « réaffirmer la place des droits dans une démocratie, dans le bon fonctionnement d’une société », en évoquant des « situations excessivement concrètes ». « Ce sont des enfants en situation de handicap qui ne sont pas scolarisés ou victimes de harcèlement et pas suffisamment pris en charge. Ce sont des personnes âgées maltraitées dans des Ehpad. C’est une femme qui est licenciée au retour de son congé maternité, des personnes qui ont des difficultés d’accès aux services publics. On est sur des droits très concrets », détaille la Défenseure des droits. Elle regrette que des proches de personne âgée maltraitées refusent sa médiation par « peur des représailles ».
La juriste observe « l’écart entre le droit annoncé et son effectivité ». « Ce qui fait la force d’une démocratie, c’est l’effectivité des droits », souligne-t-elle. « Cette question d’égalité, c’est un objectif, mais on n’y est pas », estime la Défenseure des droits alors que, selon elle, une personne sur trois dit avoir été victime de discriminations dans les cinq dernières années. Pour Claire Hédon, « cette question d’égale dignité, c’est ce qui nous différencie des dictatures ». « Je ne dis pas qu’on est dans un régime fasciste, mais je vois des dérapages qui sont inquiétants et mon objectif est de faire comprendre que ça nous concerne tous. »

