4 janvier 2026 – ScienceDirect

Dariusz KlozaCentre des droits de l’homme (HRC), Université de Gant (UGent), Belgique
Disponible en ligne le 15 novembre 2023, version du disque le 15 novembre 2023.
Résumé
Au cours des dernières années, alors que l’utilisation d’Internet s’est accélérée, il a de plus en plus cessé d’être une simple option. Au contraire, elle est devenue une obligation de facto pour toute personne exerçant ses droits ou accomplissant ses devoirs. Ces développements soulèvent la question de savoir si, et dans quelle mesure, les gens pourraient être contraints d’utiliser Internet ou si une telle obligation est conforme aux normes démocratiques, entre autres. Dans cet article, je pose d’abord le contexte en passant en revue les raisons de l’inutilisation d’Internet et contre son non-usage. J’examine ensuite les possibilités de protéger les individus de l’obligation d’utiliser Internet par le biais du droit des droits de l’homme, que ce soit comme un nouveau droit autonome ou par l’interprétation de droits existants appropriés. Avec cet article, je vise à établir le contexte et à raviver un débat qui pourrait éventuellement conduire à un changement de politique et de pratique.
Introduction
À l’automne 2021, en pleine crise sanitaire, le gouvernement fédéral belge a décidé que les voyageurs, à leur arrivée dans le pays, ne pouvaient remplir leur obligation alors de remplir le formulaire de localisation des passagers (PLF) que via Internet.
1 Une version parallèle papier de ce formulaire a ensuite été retirée de l’usage. Ceux qui se demandaient quoi faire s’ils n’avaient pas accès à Internet – même temporairement – étaient conseillés, sur un site gouvernemental, de demander l’accès à Internet à leurs connaissances ou de le demander, par exemple dans leur lieu de vacances ou leur restaurant.En Belgique, depuis juillet 2022, toutes les entreprises sont tenues d’offrir à leurs clients consommateurs – en plus de l’argent comptant, évidemment – au moins une option de paiement électronique,2 comme, par exemple, une carte de débit ou une application de paiement (nationale) sur un téléphone mobile connecté à Internet. Si quelqu’un oublie d’acheter un billet de train avant d’embarquer, l’opérateur ferroviaire national n’accepte à partir de mai 2023 que les paiements sans espèces à bord.
3 Néanmoins, pour ceux qui souhaitent payer en espèces, ces transactions deviennent de plus en plus difficiles à conclure, car l’argent liquide devient de moins en moins accepté et que les distributeurs de liquidités – ainsi que les agences bancaires – continuent d’être supprimés au profit de la banque électronique et, de plus en plus, des monnaies numériques.
4En général, partout dans le monde, de plus en plus de services, qu’ils soient publics ou privés, sont devenus progressivement disponibles principalement – et parfois seulement – électroniquement, c’est-à-dire via Internet. Ces services vont de l’administration publique (par exemple, déclarations fiscales) aux services de santé (par exemple, ordonnances électroniques) en passant par les services financiers (par exemple, la banque ou l’assurance). De nos jours, pour les personnes sans accès à Internet, surtout sur un appareil « intelligent », la vie est devenue excessivement lourde et, parfois, même impossible.En revanche, il y a seulement dix ans, dans la crédence – parfois idéaliste5 – de l’importance d’internet, un débat sur la façon de faire de l’accès à Internet un droit humain a émergé.6 Cependant, à l’époque, les discussions portaient sur une option d’accès à celui-ci. Au cours d’une décennie, l’utilisation d’Internet a cessé d’être une simple option, un choix, un droit (légal) ou (une forme de) droit. Au contraire, les gens sont devenus (de facto) obligés ou – du moins – poussés à utiliser Internet pour exercer leurs droits ou remplir leurs devoirs, comme moyen de participer à la vie sociale ou économique.Ces développements invitent à réfléchir à la question de savoir si et dans quelle mesure les gens pourraient (ou devraient être) forcés d’utiliser Internet ou si une telle obligation est conforme aux normes démocratiques. Ces questions peuvent être abordées sous de nombreux angles, comme l’éthique (est-ce bon ? qui en bénéficie ? qui en paie ? est-ce durable ?) ou le droit (est-ce légal ?) et, dans ce dernier, du point de vue des droits humains (fondamentaux).
7Avec cette contribution introductive, je vise à établir le contexte et l’importance de la non-utilisation d’internet pour susciter à la fois un débat académique et professionnel qui pourrait finalement conduire à un changement de politique et de pratique.
8Le présent article est structuré comme suit : j’ai d’abord posé le décor en offrant un aperçu des raisons de la non-utilisation d’Internet (Section 2.1) et contre son non-utilisation (Section 2.2). Ensuite, après avoir discuté de l’aptitude du droit des droits de l’homme à protéger son non-utilisation (article 3.1), j’examine les possibilités de protéger les individus de l’obligation d’utiliser Internet par le biais des droits humains, que ce soit comme un nouveau droit autonome (article 3.2), soit par l’interprétation de droits préexistants appropriés (article 3.3). L’article 4 conclut en analysant certaines des conséquences du droit de ne pas utiliser Internet et en proposant quelques suggestions pour des recherches ultérieures. Dans cet article, j’adopte la perspective de la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH) de 19509 et je me penche sur la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH, la Cour).
Extraits de section
Arguments en faveur de la non-utilisation d’Internet
Certaines des principales raisons de ne pas utiliser Internet concernent le choix individuel et l’impossibilité de l’utiliser.
Premièrement, les gens peuvent ne pas vouloir utiliser Internet parce qu’ils le souhaitent, que ce soit de façon permanente ou temporaire (« détox numérique »), ou de manière sélective. Ils pourraient choisir
L’aptitude des droits humains à protéger le non-usage
En supposant que le non-usage d’Internet mérite une protection, les droits humains pourraient être invoqués comme moyen de protéger les individus de l’obligation d’utiliser Internet.
C’est ainsi parce que, d’abord, les enjeux sont élevés. Les droits humains reflètent précisément les « plus hauts préceptes moraux et idéaux politiques », impliquant un « agenda pour améliorer le monde » ([68], p. 1). Dans un
Remarques finales
L’utilisation d’Internet dans les secteurs public et privé ne devrait que s’accélérer, surtout à la suite de la récente crise sanitaire. Néanmoins, son utilisation devrait rester une option. Les gens pourraient être obligés d’utiliser Internet uniquement lorsqu’il n’existe aucune alternative (c’est-à-dire une nécessité stricte).
À cette fin, les droits de l’homme peuvent offrir une protection aux individus contre l’obligation d’utiliser Internet. Si la loi actuelle sur les droits de l’homme, par interprétation échoue, à protéger le non-usage
Déclaration d’intérêts concurrents
L’auteur déclare qu’il n’a aucun intérêt financier concurrent ou relation personnelle connue qui aurait pu influencer le travail rapporté dans cet article.
Remerciements
Pour les débats (sans fin) sur l’idée de ne pas utiliser Internet, je remercie tout particulièrement – par ordre alphabétique – Eva Brems, Raphaël Cahen, Alessandra Calvi, Élise Degrave, Thibaut D’hulst, Laura Drechsler, Miroslav Georgiev, Szymon Gołębiowski, Jarosław Greser, Lina Jasmontaitė-Zaniewicz, Robin Mansell, Dimitra Milioni, Órla Murnaghan, Anna Mościbroda, Paolo Passaglia, Cristina Pauner Chulvi, Julien Rossi, Georgios Terzis, Robert Unusyan, Dirk Voorhoof et deux critiques anonymes. Je le suis en plus
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- D’autres références sont disponibles dans la version intégrale de cet article.

